Eboulement d'une falaise, deux morts à la Réunion

Mars 2006
UN PAN de la montagne s'est effondré, hier vers 5 h 40 du matin, sur la route du littoral entre Saint-Denis de la Réunion et Le Port provoquant la mort d'un homme de 34 ans et d'une femme d'une quarantaine d'années. Quand un morceau de la falaise s'est abattu sur cette route très fréquentée, plusieurs voitures et quelques camions s'y trouvaient déjà. Plus de 30 000 mètres cubes de roche engloutissent les quatre voies. Une petite fourgonnette est projetée de l'autre côté de la barrière de sécurité. Par miracle, le véhicule ne tombe pas à la mer et son conducteur, Jacques Rassaby, n'est que légèrement blessé. En revanche, pour Sébastien Acadine et pour Marie-Antoinette Ramdhony, l'éboulement a été fatal.

«Roulette réunionnaise»

Ces deux employés d'une société d'ambulance de l'ouest de l'île rentraient vers le siège de leur société. Rapidement sur place, les sapeurs-pompiers n'ont pu que constater leurs décès. Les services de la préfecture ont immédiatement lancé les recherches afin de déterminer s'il n'y a pas d'autres victimes.

Vers 16 heures, les fouilles cessent après que les experts se sont assurés qu'aucune autre victime ne se trouvait sous le chaos rocheux. Après avoir consolidé la falaise, les employés de l'Equipement ont commencé à déblayer les tonnes de rochers qui obstruent la route.

Ce nouvel éboulement et surtout les deux nouvelles victimes ont suscité la colère des Réunionnais. Le 20 février dernier, une employée de l'école d'infirmière de Saint-Denis de la Réunion avait été tuée sur cette route du littoral où l'on déplore depuis une trentaine d'années près d'une vingtaine de morts. Tous les ans la route est coupée par d'énormes chutes de pierre. Cet axe est l'une des voies les plus chères que la France ait bâtie. Des centaines de millions d'euros ont été injectés dans cet ouvrage en corniche. Et la polémique ne cesse d'enfler.

Chacun se renvoie la responsabilité. Dès 1995, Paul Vergès, le président communiste du conseil régional, avait axé sa campagne électorale sur le problème de cette route vitale pour l'île de la Réunion. Dix ans plus tard, on constate que rien n'a été fait et que les écroulements de la falaise tuent toujours des automobilistes. Dominique Perben, le ministre des Transports, a demandé l'ouverture d'une enquête administrative. François Baroin, son collègue à l'Outre-Mer, devrait arriver ce matin même à la Réunion.

Au-delà de la colère contre cette route périlleuse et régulièrement fermée, c'est la peur de l'emprunter qui gagne à présent les Réunionnais. Un conducteur qui est passé quelques minutes avant l'éboulement d'hier parlait d'une sorte de «roulette réunionnaise».

HISTORIQUE

Septembre 1946 Débats au Conseil général sur le plan de modernisation et d'équipement de l'île et étude d'Émile Hugot, P.-D.G. des Sucreries de Bourbon pour une route entre Saint-Denis et La Possession au bord de la falaise dominant la mer. 

1950, trois solutions de l'ingénieur Marcel Cerneau. Amélioration de la route de La Montagne, création d'une route au sommet ou bien au pied de la falaise. 

1955 deux solutions retenues par l'ingénieur général Jean Bourgoin. Haut de la falaise ou celui de la corniche. 

1956-1963. Ouverture du chantier de la route en "Corniche", la route du littoral,  le 07 avril 1956, la future liaison rapide en Saint-Denis et la Possession. Le 7 avril 1956, le préfet Philip pose la première pierre pour le premier tronçon de 1 300 mètres reliant la rivière Saint-Denis au Butor par le bord de mer. Au début de l'année suivante sont lancé les travaux du pont de la rivière Saint-Denis, 92 mètres en béton précontraint. Mais c'est véritablement en octobre 1959, que commencerons les travaux de la route en Corniche, 12 000 mètres de route avec 1518 mètres de tunnel.

Dès le début des percements des tunnels on constate que la falaise n'est pas aussi compacte qu'elle en a l'air. Les travaux vont coûter beaucoup plus cher que prévu, la roche est trop fiable, il faut recouvrir l'intérieur des tunnels d'une chape en béton.  En mars 1961 le tunnel N°2, 474 mètres, se fissure, les Ponts et chaussées font interrompre le trafic de chemin de fer, le tunnel ferroviaire très proche, risque lui aussi de s' effondrer. Le 6 mars 270 mètres de tunnel  s'effondrent dans la mer, bouchant dans le même temps le tunnel ferroviaire. La partie restante du tunnel n'étant pas stable,  les artificiers  abattent le reste de l'ouvrage, Le 10 juillet 1961.

Le 1er juin 1963, la route est livrée, il ne reste que deux tunnels, celui du Cap Bernard, 200 m et celui de la Pointe du Gouffre 120 m. 

1973, début d'élargissement de la route à 4 voies, durée des travaux 29 mois.

5 mars 1976 : Livraison de la 4 voies.

La route en Corniche n'a pas fini de faire parler d'elle. son prix trois milliards cent millions CFA, selon la rumeur l'un des tronçons routiers les plus chers du monde, et dès les premières pluies les pierres de la falaise tombent sur la route, la falaise s'effrite. 

Le risque a donné lieu à de nombreux travaux de protection. Parmi les derniers en date, la pose sur la falaise, par des alpinistes de filets anti-sous-marins datant de la seconde Guerre mondiale. La régulation du trafic reste néanmoins le meilleur remède. C'est ainsi que les deux voies côté falaise sont fermées dès que la pluviosité franchit la barre des 15 mm et que des patrouilles de surveillance inspectent cette portion de route toutes les deux heures. En 2002 une centaine de tonnes de pierres sont tombées sur la route du littoral. 


Samedi 2 octobre 2004, un bloc de 250 kg se détache de la falaise, une jeune femme de 18 ans est tuée. 

Le 20 février 2006, un bloc de rocher s'est écrasé sur une voiture entre la Ravine-à-Malheur et la Grande Chaloupe, faisant un mort et un blessé grave.
Le 22 juin 1980, entre 6h15 et 6h30,  entre 15 000 m3 et 20 000 m3 de roche s'abattent sur la route. Les quatre voies sont recouvertes sur des centaines de mètres, trois jeunes réunionnais, 25, 21 et 20 ans trouvent la mort. Le samedi 28 juin un demi-millier de personnes se sont réunis contre la route qui tue, la foule reste silencieuse pendant une heure.   
En 2003, la région a lancé les procédures pour une nouvelle route du littoral totalement sécurisée. Le tracé de cette future route prévoit un passage sur digue en mer avec une arrivée sous tunnel sur Saint-Denis. Il intègre également le passage de Tram-train.
Samedi 2 octobre 2004, un bloc de 250 kg se détache de la falaise, une jeune femme de 18 ans est tuée. 

Le 20 février 2006, un bloc de rocher s'est écrasé sur une voiture entre la Ravine-à-Malheur et la Grande Chaloupe, faisant un mort et un blessé grave.

Le 15 octobre 2006. Nouveau drame sur la route du Littoral. Une pierre d'une cinquantaine de kilo se détache de la falaise, un petit garçon de trois assis à l'arrière du véhicule  touché trouve la mort. 

En trente ans, les pierres  de la falaise de La Route du Littoral sont responsables de 21 décès.
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Une nouvelle route ?

Éboulements massifs, chutes de pierres, aléas climatiques... l'actuelle route du littoral, à l'évidence, ne peut rester telle qu'elle est actuellement. Elle doit, au regard de sa dangerosité, être abandonnée à terme ou complètement réaménagée. Tour d'horizon des éventuelles pistes pour cette nouvelle route qui devra à la fois s'affranchir des risques naturels et garantir un service routier pour un trafic estimé à 50 000 véhicules par jour :
Une route au sommet de la falaise Une variante sur les Hauts est l'une des pistes envisageables. Cet axe routier, positionné au sommet de la falaise, nécessiterait un terrassement de la montagne. Il offrirait de nouvelles perspectives d'urbanisation dans cette zone mais aurait aussi des impacts sur l'environnement.

Tunnel et solution mixte Un projet avec de nombreuses contraintes techniques. Combiné avec un dispositif de route digue, il pourrait être envisageable. En revanche, réutiliser ou agrandir l'ancien tunnel du chemin de fer, pour des raisons de coût et de sécurité, semble difficilement réalisable.

Une route digue Un pont sur la mer ou à proximité de la route actuelle pour s'éloigner au maximum des chutes de pierres. Des travaux maritimes très coûteux et une structure qui devrait résister à la houle cyclonique, aux rafales de vent.

Des filets de protection Un chantier de sécurisation (de 90 millions d'euros) a déjà commencé. De nouveaux tétrapodes ont été posés et les gabions (murets grillagés pour bloquer les pierres) renforcés. À venir la pose de filets supplémentaires (440 000 m2) pour tenter de protéger les usagers de la route et limiter le nombre de jours de basculement. Cette solution à court terme ne serait pas assez résistante à un énorme éboulement.

Construire un viaduc Techniquement réalisable mais selon le rapport de la commission internationale d'experts en 1998 cette solution aurait “un coût élevé” et nécessiterait “un entretien difficile à moyen terme.”

Des navettes maritimes Le cabotage maritime poserait des difficultés techniques et d'aménagements lourds pour les lieux de débarquement.

Couvrir la route actuelle Cette solution ne résisterait pas à un glissement de grande masse.

Abattre la falaise Cet abattage impliquerait des volumes considérables et nécessiterait la fermeture du trafic pendant une longue durée, voire plusieurs années.

Le projet Roger Defaud Datant des années 1970, il consiste à rogner la montagne sur 60 mètres d'épaisseur. Quatre marches de 15 mètres de large, inclinées vers la montagne et accessibles en voiture afin d'être entretenues seraient réalisées. La terre et les cailloux ôtés à la montagne seraient utilisés pour doubler la surface de circulation. Le général Yvon Lucas, actuel président de la prévention routière, a aidé Roger Dufaud aux dernières mises au point du projet présenté pour la dernière fois à la préfecture à Philippe Bern. Plus globalement, selon un rapport sur cette route du conseil général des Ponts et chaussées, datant de 2004, “la nouvelle infrastructure complètement sécurisée” ne sera pas concrétisée raisonnablement “avant 2015.”
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Une photo d'une des basculeuses de la route du littoral, ces machines prototypes uniques spécialement conçus pour la Réunion, servent pour le changement de voies sur la route du littoral. Elles modifient le Canal Bichique de 1+2 en 2+1.


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dimanche 6 mai 2012
 
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