Publié le 2 novembre 2008 Il y a tout juste un an et demi prenait fin une éruption du piton de la Fournaise sans précédent dans la mémoire réunionnaise. La coulée d'avril 2007 n'a pourtant pas fini de faire parler d'elle avec ces températures stupéfiantes relevées il y a quelques jours aux portes du village du Tremblet, à Saint-Philippe. Elles révèlent la présence de poches de lave encore à l'état liquide dans les profondeurs.
Des équipes de chercheurs et d'étudiants de l'Observatoire volcanologique du piton de la Fournaise et du laboratoire Géosciences de l'université de la Réunion se relaient au chevet de la coulée d'avril 2007 pour ausculter son corps toujours bouillant, un an et demi après la fin de cette éruption dite « du siècle » (2 avril-1er mai). Leur sujet n'est pas un objet géologique inanimé, bien au contraire. Les 130 millions de mètres cubes de lave déversés un mois durant, l'an dernier, par le piton Tremblet, à 600 m d'altitude dans le Grand-Brûlé, ne se sont pas figés d'un coup, pour l'éternité, contrairement aux apparences. Sous la carapace noirâtre d'âpres scories ou de laves satinées traversée par la RN 2 ressuscitée, accumulées sur plus d'une soixantaine de mètres d'épaisseur à certains endroits — du jamais vu — le sang du volcan bouillonne toujours. Mardi dernier, Thomas Staudacher, responsable de l'observatoire, procède à une nouvelle série de mesures de températures. Il doit serpenter sur les coulées pour éviter le piège des tunnels de lave enclins à s'effondrer sous le poids d'un homme. Même si la profondeur des ouvrages les plus superficiels dépasse rarement un mètre, une mauvaise chute est vite arrivée. Ici, des effondrements massifs ont mis au jour l'existence de tunnels formés au cours de l'éruption par refroidissement progressif et solidification de la surface et des bords des coulées. A l'intérieur, la lave a continué d'y couler, les tunnels se vidant à la fin de l'éruption. Ce sont aujourd'hui des tubes de plusieurs mètres de diamètre, où pourraient circuler des véhicules de la taille d'un fourgon. Mais, ailleurs, se sont produites des accumulations de lave aisément identifiables, en forme de vastes dômes surbaissés. La plupart sont percés d'une ouverture proche de leur sommet, par lesquelles a jailli la lave lorsque la pression interne s'est révélée trop forte. Leurs abords sont tapissés de longues et somptueuses coulées fluides violemment colorées ; les yeux à demi-clos sous l'effet de la luminosité intense, on se rappelle trop bien les torrents de lave qui en sont sortis un mois durant, cauchemar des habitants du Tremblet. Ce site se trouve visiblement à l'aplomb d'une zone toujours très active, où des poches de lave encore en fusion aujourd'hui sont restées emprisonnées, explique Thomas Staudacher. Des ondes de chaleur – le « flou thermique » des photographes — font vibrer l'air puissamment. L'ocre déclinée dans toutes ses nuances trahit la percolation des gaz évacués interminablement par la lave en feu sous-jacente. C'est ici que les scientifiques viennent réaliser mesures de température, voire prélèvements des dépôts véhiculés par les gaz. Soleil aidant, quelques minutes penché sur la bouche du diable suffisent à vous déshydrater un homme. A ce régime, le niveau de la gourde d'eau baisse à vue d'œil. Les opérations achevées, retour vers la route nationale. Succédant à l'austérité toute minérale des lieux, le développement d'îlots de verdure surprend, alors que la repousse avait jusqu'alors été observée seulement plus haut vers le piton Tremblet. Pieds de bois de chapelet, bois d'andrèze, tabac bœuf prospèrent déjà dans les cendres vomies par le cratère, remobilisées par les eaux de ruissellement et dispersées très bas sur le champ de coulée par les crues de la ravine Criais. Teigneuses, quelques rares pousses de raisin marron, nées de graines peut-être transportées du rempart voisin, s'accrochent au graton. La douce chaleur du sol conjuguée à l'humidité a permis à ces envahisseurs de surgir ici comme un pied de nez à quelques hectomètres de la pancarte « Parc national » plantée dans les rampes du Tremblet. D'ailleurs, d'autres équipes scientifiques s'intéressent déjà à la renaissance de la vie sur cette coulée qui n'est déjà plus tout à fait vierge alors qu'à quelques mètres sous terre brûlent encore les feux de la Terre. |
| Bien visible sur le Belevedere sur la RN2, ces petits cônes Hornitos, se sont formés par accumulations de projections. Plus en avale, des torrents de lave ont jailli directement du sol et dégagent une chaleur intense. |
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